PHILBERT KAJENJERICondoléance
Mon cher Jean-Jacques,
De là-haut où tu te trouves désormais, j’ose croire que ce message te parviendra.
C’est Philbert qui t’écrit, l’un de tes trois Blackos préférés.
Mon cœur s’est brisé en apprenant ton départ. J’étais convaincu que nous allions nous revoir courant 2026, peut-être même avec ma petite famille, comme je te l’avais promis.
Fin 2025, je t’avais annoncé mon intention de démissionner pour me lancer dans mes propres projets. Je savais qu’en 2026 j’aurais enfin le temps de venir te voir à Nice. Malheureusement, le destin en a décidé autrement.
Merci pour tout ce que tu as fait pour moi. Je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui si nos chemins ne s’étaient pas croisés, grâce à Colette Delmaere qui nous a mis en relation, puis à Patrick Bodard qui a pris le relais pour me recruter en Ukraine.
Tu me disais souvent que tu m’avais simplement tendu la main, et tu ne voulais jamais que je te remercie, tant ton humilité était grande. Aujourd’hui, puisque tu peux m’écouter en paix, laisse-moi te raconter encore une fois mon histoire.
Comme tu le sais, je suis né au Burundi, dans une famille modeste. J’ai poursuivi mes études et j’ai eu la chance d’obtenir une bourse pour partir étudier en URSS, plus précisément en Ukraine. J’y ai obtenu un diplôme d’ingénieur en économie. Mais le marché du travail était difficile pour un étranger comme moi, et je n’ai pas trouvé d’emploi dans ma spécialité.
Par hasard et par nécessité, j’ai intégré une boulangerie française qui venait de s’installer à Kiev. J’y ai appris la panification, avant d’évoluer vers le service commercial pour la vente d’équipements de boulangerie, notamment pour Electrolux Baking dans la même société.
En 1998, lors d’un déplacement dans le Donbass, à Donetsk, chez Monsieur Sergueï Bubka, distributeur Lesaffre en Ukraine, j’ai croisé par hasard Colette Delmaere ainsi que Richard Wentworth. Colette m’avait alors laissé sa carte de visite.
En 1999, ma vie a pris un tournant décisif. Ma fille Mirabelle venait de naître. La pression était immense : peu de moyens, un pays encore fermé aux étrangers, et la responsabilité d’un père. J’ai alors décidé d’écrire à Colette pour lui demander par quel biais je pouvais postuler chez Lesaffre. Elle m’a orienté vers toi.
Je t’ai envoyé un courrier, accompagné de mon CV et de ma lettre de motivation. Trois semaines plus tard, le téléphone fixe de mes beaux-parents a sonné. À l’autre bout du fil, une voix grave et chaleureuse :
« Allô, je m’appelle Jean-Jacques. J’ai bien reçu votre courrier. Colette vous avait d’ailleurs mentionné dans son rapport de voyage. Nous avons un projet de redynamisation du marché ukrainien, et votre candidature nous intéresse. Je vais demander à notre représentant en Russie, Monsieur Patrick Bodard, de vous contacter pour étudier les modalités de votre recrutement. »
Quelques semaines plus tard, Patrick s’est déplacé en Ukraine avec son numéro deux, Sergueï Poliakov. La rencontre a eu lieu, et le recrutement a été validé.
Ce jour-là a marqué le véritable décollage de ma carrière. Ma famille s’est enfin sentie en sécurité dans une Ukraine alors hostile. Je suis devenu une fierté aux yeux de mes beaux-parents, qui jusque-là nous soutenaient pour survivre. J’ai juré ce jour-là de ne jamais te décevoir.
J’ai donné le meilleur de moi-même, et notre réussite, avec mon collaborateur Yann Dupond, a résonné dans tout le groupe Lesaffre. En 2006, j’ai été muté en France, dans le Nord, au siège de Lesaffre, pour prendre en charge une partie de l’Afrique.
Aujourd’hui, je suis un homme heureux. Stable, entouré d’une famille magnifique. Ma femme Tanya, dont tu me parlais souvent. Mirabelle, devenue pianiste internationale. Mon fils Yannick, qui obtient cette année sa licence en commerce international et qui mène en parallèle une carrière de boxeur professionnel.
Voilà, mon cher Jean-Jacques, l’homme que tu as contribué à forger. Et nous sommes nombreux à pouvoir dire la même chose.
Je regret